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L'agence des villes vivantes
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Des taudis de l’entre-deux-guerres aux « passoires thermiques », la puissance publique n’a cessé de rechercher des moyens d’agir sur des logements… qui ne lui appartiennent pas. Elle dispose aujourd’hui d’une palette d’outils d’une richesse sans précédent, et de budgets qui ont changé d’échelle. Pourtant, le levier de l’argent public n’a jamais été aussi faible. Comment construire une stratégie locale d’intervention sur l’habitat privé qui reconnecte l’action publique aux besoins réels des ménages ?
Déployer une action publique en direction de l’habitat privé est aujourd’hui un volet parfaitement reconnu des politiques de l’habitat. Programmes locaux de l’habitat, opérations programmées, pactes territoriaux, aides de l’Agence nationale de l’habitat (Anah) : aucun territoire n’imagine plus traiter la question du logement en se limitant à la production neuve ou au parc social. Pour autant, cela n’a pas toujours été le cas.
Deux obstacles devaient être franchis. Il fallait d’une part trouver une logique de convergence entre l’intérêt public et l’intervention sur des fonciers et des bâtiments privés : pourquoi la collectivité consacrerait-elle des moyens, ou imposerait-elle des contraintes, à des biens dont la valorisation profite d’abord à leurs propriétaires ? Il fallait d’autre part accepter de traiter avec des milliers de décisionnaires, les propriétaires privés, dans le cadre d’une politique territoriale, là où l’aménagement et le logement social permettent de dialoguer avec un petit nombre d’opérateurs.
Ces étapes ont été franchies progressivement, au gré de motivations très différentes :
« Pour le prix d’un HLM, on peut rendre habitables 3 à 5 logements anciens et les loyers, même majorés après réalisation des travaux, resteront plus accessibles aux catégories sociales défavorisées que les HLM. »

Oscillant entre des politiques de l’obligation, restrictives du droit de propriété (injonctions, arrêtés, déclarations d’utilité publique, obligations de ravalement), et des politiques de l’incitation, orientant des moyens publics vers le parc privé (subventions, avantages fiscaux, accompagnement), ces différentes étapes ont donné lieu à des débats nationaux et locaux qui n’ont jamais vraiment cessé.
Le paradoxe initial n’a d’ailleurs pas disparu, il s’est déplacé. La question n’est plus de savoir s’il est légitime d’intervenir sur l’habitat privé, mais à quelles conditions cette intervention sert réellement l’intérêt général : quel est le niveau d’argent public engagé pour chaque projet, quels projets sont déclenchés qui n’auraient pas eu lieu sans lui, et ces projets répondent-ils aux besoins du territoire et des ménages ? C’est à l’aune de cet argument fondateur, celui du rapport qualité-prix de l’action publique, que nous proposons de relire les politiques actuelles.
Un siècle de sédimentation législative et réglementaire a produit une boîte à outils d’une étendue considérable. C’est une richesse : une collectivité peut, en théorie, traiter à peu près toutes les situations, du ravalement de façade au redressement d’une copropriété, de l’adaptation d’un logement au vieillissement à l’expropriation d’un immeuble abandonné. Mais c’est aussi une difficulté majeure. Pour les élus et les services qui engagent une politique territoriale, comme pour les particuliers qui souhaitent engager un projet, il est devenu très difficile de s’y retrouver.
Le panorama réalisé par Villes Vivantes pour la Communauté de communes Airvaudais Val du Thouet (2025) en donne la mesure : plus de quatre-vingts pages pour présenter, sans entrer dans le détail des procédures, les outils incitatifs et coercitifs mobilisables par une intercommunalité rurale. Ces outils peuvent être regroupés en grandes familles.

Depuis le 1er janvier 2025, tout le territoire doit être couvert par un Pacte territorial France Rénov’, qui se substitue aux anciens PIG et OPAH. Ses deux volets obligatoires (dynamique territoriale ; information, conseil et orientation) organisent la mobilisation des ménages, mais ne déclenchent aucun financement de projet. Le volet 3, facultatif, permet à la collectivité de rendre l’accompagnement gratuit pour certains publics et d’abonder les aides. Les OPAH-RU demeurent pour les cœurs de ville les plus dégradés, avec dix volets d’intervention et l’obligation de mobiliser, le cas échéant, des outils coercitifs. L’Opération de revitalisation du territoire (ORT), quant à elle, place les partenaires autour de la table et ouvre l’avantage fiscal Denormandie, mais ne crée pas d’incitation propre.
Ces cadres sont précieux, mais leur évaluation porte souvent davantage sur l’organisation des circuits d’information que sur le nombre de projets réellement déclenchés, qui est pourtant le seul baromètre de leur utilité.
Les aides de l’Anah constituent le cœur du système. Leur lecture, dispositif par dispositif, fait apparaître des écarts considérables de montant unitaire et d’effet de levier, c’est-à-dire de travaux privés déclenchés pour chaque euro public.
À ces subventions s’ajoutent les avantages fiscaux (Denormandie, Malraux, exonération de taxe foncière votée par environ 450 communes, TVA à taux réduit), les certificats d’économie d’énergie, l’éco-prêt à taux zéro, le prêt avance rénovation, les caisses d’avance, les aides des CAF ou le label de la Fondation du patrimoine. Chacun a sa logique, ses critères, son guichet, son calendrier.
Pour une collectivité, la difficulté est double. Il faut d’abord choisir : quelle opération cadre, sur quel périmètre, avec quels abondements, quels régimes locaux complémentaires, quel équilibre entre incitation et coercition ? Il faut ensuite rendre ces choix lisibles pour les habitants. Or la variété des dispositifs, la complexité de leurs critères d’accès et l’ajustement incessant de leurs conditions produisent souvent l’inverse de l’effet recherché.
Pour un ménage, l’entrée dans le système suppose presque toujours d’avoir déjà un projet. Un Espace conseil France Rénov’ ne sait orienter qu’une intention formulée ; un artisan ne chiffre qu’un programme défini ; une aide ne finance qu’une liste de travaux éligibles. Celui qui hésite entre agrandir, diviser, vendre une partie de son terrain ou adapter sa maison à l’arrivée d’un parent ne trouve, dans cette palette, aucun outil qui l’aide à décider. Les dispositifs savent instruire des dossiers ; ils savent beaucoup moins faire naître des projets.
Dans la période récente, les politiques d’amélioration de la performance énergétique des logements ont profondément transformé l’intervention publique sur l’habitat privé. Leur impact est à la fois énorme et ambivalent.
Les enjeux climatiques sont venus apporter un argument de plus, et de poids, en faveur de politiques consacrant des moyens publics à l’amélioration de l’habitat privé. Le logement représenterait environ un cinquième des émissions de gaz à effet de serre des Français, dont plus de 60 % liés au chauffage. La directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments, l’interdiction progressive de mise en location des logements les moins bien classés et la stratégie nationale bas carbone ont installé un consensus : il faut rénover massivement. La question de la légitimité de l’intervention, au cœur des débats du siècle précédent, semble définitivement tranchée.
Les moyens ont suivi. L’Anah mobilisait moins d’un milliard d’euros en 2019 ; avec la création de MaPrimeRénov’ en 2020, son enveloppe atteint 2,7 milliards d’euros en 2021, et 4,4 milliards d’euros annoncés pour 2026. Les montants unitaires ont progressé dans les mêmes proportions : un ménage très modeste pouvait prétendre, en 2025, à une aide atteignant 63 000 euros pour une rénovation d’ampleur.
Conséquemment, le nombre de logements aidés par l’Anah a changé d’échelle : 94 000 en 2018, 155 000 en 2019, 247 000 en 2020, près de 719 000 en 2022, 307 731 en 2025 (dont 81% de rénovations énergétiques). Aucune politique d’amélioration de l’habitat n’avait jamais touché autant de ménages.

Mais ce gain est théorique. Il repose sur un outil, le diagnostic de performance énergétique (DPE), sans cesse remis en question et foncièrement inadapté aux configurations et aux matériaux de l’habitat privé existant, par nature non normés : murs en pierre ou en pisé, planchers bois, inertie, ventilation naturelle, compositions hétérogènes héritées de transformations successives.
Il porte surtout un paradoxe de fond : il associe une consommation d’énergie à un logement, alors que ce sont les ménages qui consomment, et non leur « contenant ». L’étude publiée en janvier 2024 par le Conseil d’analyse économique, à partir des données bancaires de 178 110 ménages, l’a montré de manière spectaculaire : l’écart de consommation par mètre carré entre un logement classé A ou B et un logement classé G est six fois plus faible que ce que prédit le DPE. Les habitants des « passoires » consomment bien moins que prévu, ceux des logements performants nettement plus. Les effets rebond, documentés aux États-Unis, en Allemagne et en France, absorbent une large part des gains attendus : une fois le logement rénové, on se chauffe davantage, et c’est bien légitime.
La fragilité de l’étalon a été confirmée par sa propre réforme : au 1er janvier 2026, le simple changement du coefficient de conversion de l’électricité dans le calcul du DPE (de 2,3 à 1,9) a fait sortir de la catégorie des « passoires énergétiques » plusieurs centaines de milliers de logements chauffés à l’électricité, sans le moindre acte de travaux.
L’abondance de financements, adossée à des dossiers standardisés où audits, devis et factures occupent toute la place et où les personnes, leur projet, leurs aspirations ne sont pas apparents, a ouvert la voie à des fraudes d’une ampleur considérable. Tracfin signalait 400 millions d’euros de primes MaPrimeRénov’ suspectes pour la seule année 2023 ; l’Anah a rejeté des dizaines de milliers de dossiers jugés frauduleux en 2024. La Cour des comptes qualifiait pour sa part les certificats d’économie d’énergie, environ 6 milliards d’euros par an, de dispositif « complexe et coûteux pour des résultats incertains ».
La fraude constitue ainsi un second effet rebond, non plus énergétique mais financier. Elle a provoqué à son tour des à-coups dans le fonctionnement du système : suspension du guichet des rénovations d’ampleur de juin à septembre 2025, réouverture limitée aux ménages très modestes et aux logements classés E, F ou G, nouvelle fermeture au début de 2026 faute de loi de finances, réouverture le 23 février 2026 avec des aides fortement réduites (le plafond pour un ménage très modeste passant de 63 000 à 32 000 euros). Résultat : les nouvelles demandes de rénovation d’ampleur ont été divisées par quatre entre le premier semestre 2025 et le premier semestre 2026. Pour les ménages, les artisans et les collectivités engagées dans des opérations, ces « stop and go » ont créé une profonde perte de confiance.
Les dispositifs d’aide ont entraîné une inflation des montants de travaux. Le coût moyen d’une rénovation énergétique « d’ampleur » aidée est passé de 55 065 euros en 2024 à 59 474 euros en 2025, tandis que l’aide moyenne progressait plus vite encore, de 36 271 à 40 429 euros. À l’échelle de chaque projet, le niveau de levier de l’argent public devient très faible : 0,52 euro privé pour 1 euro public en 2024, moins de 0,5 en 2025. Autrement dit, la puissance publique finance désormais l’essentiel des travaux qu’elle prétend « déclencher ».
Cette débauche de moyens pose une question de soutenabilité des politiques publiques. Avec un budget annuel de plusieurs milliards d’euros et un coût public moyen de plus de 40 000 euros par logement, l’ambition affichée de rénover des centaines de milliers de logements chaque année se heurte mécaniquement aux contraintes budgétaires, ce que les coupes successives et les fermetures de guichet sont venues rappeler.
Enfin, la primauté de la logique d’amélioration de la performance énergétique théorique a placé au second plan les aspirations et les projets plus globaux des ménages : le confort de vie, l’espace, l’éclairement, les espaces extérieurs, une bonne localisation, une pièce en plus à l’arrivée d’un enfant, un logement de plain-pied pour les vieux jours, un studio pour accueillir un parent.
Dans la réalité, les ménages arbitrent entre de nombreux besoins avec des budgets contraints, et ne rénovent presque jamais uniquement pour l’énergie. Villes Vivantes a ainsi accompagné un couple qui accueillait la mère âgée de l’un des conjoints : un premier diagnostic autonomie, appliquant des calculs standards, aboutit à une solution impraticable et à l’abandon du projet ; quelques années plus tard, une demande d’aide pour changer de chaudière se heurte à une évaluation énergétique imposant une longue liste de travaux complémentaires, et à un second abandon. C’est finalement une approche sur mesure, dans le cadre d’une opération BUNTI, qui a permis de concevoir une redistribution simple créant un logement indépendant pour la mère, une salle de bains attenante et deux solutions de chauffage distinctes.
Dans ce contexte, la réponse proposée par certains économistes, ne plus laisser l’initiative de la rénovation aux ménages et procéder à un « ciblage actif » des propriétaires, paraît relever d’un contresens : lorsqu’un modèle ne décrit pas la réalité, ce n’est pas la réalité qui se trompe.
Un projet conduit dans un centre-ville marqué par la vacance illustre l’alternative. Une maison de faubourg vacante, dégradée et peu attractive, que son propriétaire envisageait de transformer en six studios dans un quartier où de petits logements de qualité moyenne restaient déjà inoccupés. Une approche « mono-orientée » aurait concentré l’ingénierie sur l’audit énergétique, l’étiquette de sortie et l’agrément des dossiers d’aide, en mode chasseur de primes.
L’approche sur mesure a recomposé les volumes, fait entrer la lumière, fait coexister logements familiaux et petits logements de qualité, multiplié les options pour trouver la solution la plus acceptable par les services du patrimoine, et transformé un hangar désaffecté en loft avec espaces extérieurs pour le fils des propriétaires. Dix personnes y vivent désormais, 40 m² ont été désimperméabilisés, les propriétaires eux-mêmes ont choisi d’y emménager, et trois des quatre logements créés n’ont nécessité aucune aide aux travaux : la collectivité n’a financé que l’accompagnement.
« L’appât de la subvention a été remplacé par l’attrait du projet. La performance énergétique et la mise aux normes sont des composantes parmi d’autres du projet. »
Face à ce bilan contrasté, faut-il opposer les dispositifs nationaux et les stratégies locales ? Les aides nationales resteront indispensables, notamment pour les ménages les plus modestes et pour les situations de grande dégradation. Mais les collectivités disposent de marges de manœuvre considérables pour reconnecter l’intervention publique aux besoins et améliorer le niveau de levier économique de l’argent public.
Les stratégies locales sur mesure, qu’elles prennent la forme d’OPAH-RU, de volets 3 de Pactes territoriaux, de régimes d’aides locaux ou d’expérimentations BIMBY et BUNTI, apportent trois choses que les dispositifs standardisés ne savent pas produire :
Reconnecter l’intervention aux besoins suppose d’abord d’élargir le regard. Le débat public se focalise volontiers sur la vacance, qui concerne environ 8 % des logements en France selon l’INSEE. Or un gisement bien plus considérable réside dans la sous-occupation et l’inadaptation du parc occupé : selon certaines études, près de neuf maisons individuelles sur dix seraient sous-occupées. Paradoxalement, il est souvent plus facile de transformer un bien occupé, en accompagnant son propriétaire dans un projet qui répond à une étape de sa vie, que de remettre sur le marché un logement vacant.
L’objectif d’une stratégie d’intervention sur l’habitat privé peut alors être reformulé : non plus traiter des logements, mais aider l’ensemble des propriétaires à avancer d’une étape dans leur trajectoire résidentielle, en adaptant le parc existant à leurs besoins (âge, espaces extérieurs, lumière, performance énergétique) et en créant au passage une offre nouvelle, sans consommer de foncier naturel ou agricole. C’est ce que nous appelons l’amélioration de l’habitat privé « 2.0 » : une aide-soignante qui accède à la propriété en ville sur un micro-terrain détaché d’une parcelle bâtie, une famille qui crée une chambre-bureau en reconfigurant un rez-de-chaussée, une jeune artisane qui rachète la maison familiale pour y installer des ateliers et des chambres de stagiaires.
Les opérations BIMBY (densification douce des parcelles déjà bâties) et BUNTI (rénovation, reconfiguration et réoccupation du bâti ancien) sont nées de cette conviction. Sur un territoire partenaire, elles prennent la forme d’un service gratuit et sans engagement, ouvert à tous les propriétaires et futurs propriétaires, quels que soient leurs revenus, leur âge ou leur type de bien.


Le parcours s’articule en trois temps :

La différence avec les dispositifs d’aide est de nature. Là où ceux-ci supposent un projet déjà formulé, l’entretien BIMBY BUNTI permet de considérer, sans formalité et sans engagement, de multiples options avant de se fixer sur un scénario, lequel pourra ensuite, le cas échéant, mobiliser les aides existantes. Ce sont les caractéristiques du bien, les besoins et les aspirations du ménage, et ses moyens qui déterminent le projet, et non une grille de travaux éligibles.

Côté collectivité, BIMBY et BUNTI reposent sur un partenariat, généralement sur cinq ans, autour d’objectifs quantitatifs (un nombre de logements créés, reconfigurés ou améliorés) et qualitatifs (une liste de scénarios de projets souhaités, arrimés au PLH, au SCoT, au PLUi, au plan climat, à la trajectoire ZAN). Le modèle financier est indexé sur les résultats, avec une part variable majoritaire, déclenchée à chaque stade d’aboutissement des projets (autorisation d’urbanisme ou vente, démarrage des travaux, achèvement), constaté sur pièces justificatives. La collectivité ne paie l’essentiel que lorsque les projets avancent réellement.
C’est ce qui permet d’atteindre des niveaux de levier sans commune mesure avec ceux des aides aux travaux : plus de 10 euros de travaux privés pour 1 euro investi par la collectivité dans l’ingénierie d’accompagnement. Dans le SCoT des Vosges centrales, sur 204 projets aboutis en cinq ans, 84 ont permis la réoccupation d’un bâtiment vacant, avec un effet de levier de l’investissement public en ingénierie BUNTI de 14 (1€ public déclenche 14 euros privés). Une petite grange achetée 15 000 euros dans un cœur de bourg a ainsi été surélevée, portée à 140 m², rénovée et dotée d’une terrasse par un jeune couple, pour 130 000 euros de travaux.

Les démonstrateurs l’ont confirmé à grande échelle : 250 projets aboutis à Périgueux entre 2016 et 2021, 272 dans la Communauté urbaine Creusot-Montceau entre 2017 et 2022, 200 dans le SCoT des Vosges centrales, 75 dans le Pays de Vitré, et à Morlaix Communauté, 600 projets de logements nés en dix-huit mois.


L’expérience de Morlaix Communauté montre que la question n’est pas de choisir entre dispositifs nationaux et stratégies locales, mais de les articuler. À l’issue d’une étude pré-opérationnelle, l’intercommunalité a engagé simultanément une OPAH-RU dans le cœur de Morlaix, une OPAH communautaire et une expérimentation BIMBY BUNTI, en lien avec l’agence locale de l’énergie et du climat, qui accueille tous les publics.
La nature différente de leur communication amène vers chacun des dispositifs des publics différents. Des investisseurs locatifs venus optimiser leur projet avec BIMBY BUNTI se montrent, une fois la confiance établie, réceptifs au conventionnement et contribuent aux résultats de l’OPAH. À l’inverse, des propriétaires engagés dans une rénovation énergétique ou une adaptation sont orientés vers BIMBY BUNTI lorsque leur besoin dépasse les travaux éligibles aux aides, parce que c’est la maison, et parfois la parcelle, qu’il faut recomposer. Un module de prise de rendez-vous partagé permet aux acteurs de l’habitat d’inscrire directement un ménage, sans qu’il ait à tout réexpliquer. La coexistence des dispositifs devient un démultiplicateur mutuel.

Une stratégie locale sur mesure se prépare. L’étude pré-opérationnelle, qu’elle prépare une OPAH-RU, un volet 3 de Pacte territorial ou une expérimentation BIMBY BUNTI, permet de faire les bons choix dans la palette des outils. Dans notre pratique, elle repose sur quelques principes :
En un siècle, l’intervention publique sur l’habitat privé a gagné sa légitimité, ses outils et ses budgets. Elle a peut-être perdu en chemin ce qui faisait la force de l’argument fondateur des années 1970 : faire beaucoup avec peu, en s’appuyant sur l’énergie et les ressources des propriétaires eux-mêmes. La période récente a montré les limites d’une politique massive, standardisée et mono-orientée, dont les gains énergétiques sont théoriques, le levier minimal, la soutenabilité incertaine, et qui laisse de côté ce que les ménages cherchent réellement dans leur logement.
Revitaliser un territoire par l’habitat privé, c’est au contraire partir des projets de vie des habitants, les aider à les faire naître et à les faire aboutir, et faire de chaque amélioration énergétique une amélioration sociale, urbaine et patrimoniale. Les outils existent. Encore faut-il les assembler dans une stratégie locale qui mesure son succès non au nombre de dossiers instruits, mais au nombre de projets réalisés, et à l’effet de levier de chaque euro public engagé.