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L'agence des villes vivantes
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Au-delà de la rénovation : adapter le bâti existant aux étapes de vie, à la demande contemporaine et à la réoccupation des logements vacants

En matière de bâti ancien, le concept de rénovation est bien plus familier que celui de reconfiguration. La rénovation renvoie à des gestes de travaux, qui peuvent être associés selon des combinaisons variables et qui relèvent de trois grandes logiques :
Dans tous ces cas, le logement est pris tel qu’il est : on en améliore l’état, la sécurité, la performance ou le confort, sans en remettre en cause la distribution, le volume, les accès ou le programme.
En France, les grandes politiques publiques en direction du logement ancien sont principalement tournées vers la rénovation, et principalement la rénovation énergétique. Les chiffres clés publiés par l’Agence nationale de l’habitat pour l’année 2025 sont éloquents : sur près de 380 000 logements rénovés avec l’aide de l’Anah, plus de 80 % relèvent de la rénovation énergétique, moins de 10 % de l’adaptation à la perte d’autonomie, et moins de 5 % du traitement de l’habitat indigne et très dégradé.
Ces politiques ont apporté une visibilité considérable à la rénovation de l’habitat ancien, structuré une filière d’accompagnement (614 Espaces Conseil France Rénov’, plus de 2 000 structures d’assistance à maîtrise d’ouvrage) et solvabilisé des travaux pour des ménages modestes. Mais leur grille de lecture est celle du geste de travaux éligible, évalué à l’aune d’un gain énergétique, d’un critère d’autonomie ou d’une sortie d’indignité.
Les actions de reconfiguration font pourtant partie du quotidien des propriétaires et des acquéreurs de logements et de bâtiments anciens. Abattre une cloison pour faire une pièce de vie, aménager dans une maison existante un studio indépendant pour un enfant ou un parent âgé en créant une salle d’eau et une chambre avec un accès indépendant, déplacer les chambres et la salle de bain au rez-de-chaussée avec les pièces de vie pour pouvoir occuper de plain-pied un logement initialement sur deux niveaux, aménager des combles, créer une chambre supplémentaire au-dessus du garage, transformer une grange ou un hangar en habitation, ouvrir une cour dans un cœur d’îlot trop dense…
Les actions et leurs combinaisons sont infinies. Elles sont étroitement liées aux étapes de vie des occupants (arrivée d’un enfant, départ des enfants, séparation, vieillissement, retour d’un parent) ou aux publics recherchés par les bailleurs (étudiants, jeunes actifs, familles, seniors).
La reconfiguration est aussi étroitement liée aux logiques de rénovation, lorsque les actions de rénovation seules ne permettent pas d’atteindre le degré de confort, d’adaptation ou de mise en conformité technique attendu :

Parfois, la nature même des attentes ne relève pas de la rénovation, mais d’autres logiques : l’arrivée d’un enfant qui crée le besoin d’une nouvelle chambre ; le logement qui ne se loue plus faute d’espace extérieur privatif, ou parce que la cuisine fermée et la distribution en couloir ne sont plus adaptées aux aspirations contemporaines ; le grand logement devenu trop grand pour un ménage d’une ou deux personnes.
Parfois enfin, la création de surface complémentaire, par exemple un aménagement de combles ou une surélévation, ou la création d’un logement supplémentaire par division, est une condition de l’équilibre économique d’une rénovation. La revente de mètres carrés sous combles peut financer des travaux en parties communes d’une monopropriété ou d’une copropriété ; la mise en location d’un étage rendu autonome peut financer la rénovation énergétique de l’ensemble de la maison.

Les grandes politiques de soutien à l’amélioration de l’habitat ont, en France, un effet anecdotique sur la réoccupation des logements vacants structurels. Ma Prime Logement Décent, parfois associée en locatif aux financements d’Action Logement Services, permet de financer de remarquables opérations exemplaires de sortie de vacance en cœur de ville ; mais le soutien de l’Anah aux propriétaires bailleurs qui mènent des rénovations lourdes, outil principal de ces actions de résorption de vacance reste très dilué dans l’espace national (3 255 logements rénovés et conventionnés en 2025).
La prime de 5 000 € pour la réoccupation locative après rénovation des logements vacants en secteur rural, déployée dans le cadre du plan France Ruralités, a eu des résultats anecdotiques à l’échelle nationale : 945 primes versées depuis 2024, pour un montant total de 4,72 M€, à comparer aux quelque trois millions de logements vacants que compte le pays.
Pour autant, les enjeux de revitalisation des cœurs de ville et de bourg d’une part, et de lutte contre l’étalement urbain d’autre part, renforcés par l’objectif de Zéro Artificialisation Nette, ont considérablement accru l’attention publique portée aux logements vacants. Cette attention se traduit aujourd’hui principalement par trois familles d’actions :
Ces actions reposent sur un présupposé implicite : réoccuper les logements vacants structurels serait avant tout une affaire de pédagogie à l’attention des propriétaires, éventuellement assortie d’une incitation fiscale ou d’une subvention de travaux. Le propriétaire informé, incité ou contraint remettrait son bien sur le marché après l’avoir rénové.
À l’épreuve de la réalité, le contact avec les détenteurs de logements vacants révèle souvent un tout autre besoin : celui d’options de reconfiguration. Pour nombre de logements de cœur de ville et de bourg, la vacance n’est pas d’abord une question de prix, de méconnaissance des aides ou de mauvaise volonté : c’est la configuration même du bien qui ne correspond plus à la demande. Les besoins exprimés relèvent alors de cinq registres :
Dans ces situations, une campagne de courriers, une taxe ou une subvention de travaux ne suffisent pas : le propriétaire ne sait pas quoi faire de son bien. Ce qui lui manque, c’est une idée de projet, et la démonstration que cette idée est faisable techniquement, réglementairement et financièrement.
La question de la reconfiguration ne concerne pas seulement la vacance d’aujourd’hui ; elle conditionne aussi la prévention de la vacance de demain. La taille moyenne des ménages français est passée d’un peu plus de trois personnes à la fin des années 1960 à 2,16 personnes en 2021, et près de 69 % des ménages ne comptent plus qu’une ou deux personnes. Au cours des cinquante dernières années, la décohabitation a absorbé près des deux tiers des créations de résidences principales.
Dans le même temps, selon les données de l’Insee pour 2021, environ 1,7 million de logements de quatre pièces et plus sont occupés par des ménages dont la personne de référence a 80 ans ou plus, et plus de 3,8 millions de grands logements ne sont occupés que par une seule personne. Ces logements vont se libérer massivement dans les années à venir, souvent dans des villes grandes et moyennes, à proximité des bassins d’emploi. S’ils sont remis sur le marché tels quels, une partie d’entre eux ne trouvera pas preneur : trop grands, trop chers à chauffer, mal distribués, à étages. Les reconfigurer, les diviser en unités plus petites, les adapter, sera aussi l’occasion de les rénover. C’est un chantier gigantesque, qui ne pourra être mené qu’avec les propriétaires eux-mêmes.

Parce que la palette des combinaisons et des situations est infinie, la reconfiguration se prête difficilement à la construction d’un système de soutien reposant sur des types d’intervention normés, y compris au nom de la lutte contre la vacance des logements. Les interventions de reconfiguration (agrandissement, redistribution, création d’accès, division, changement d’usage…) n’ont d’ailleurs pas de valeur intrinsèque : elles n’ont d’intérêt que par rapport à des attentes ou une situation spécifiques. Abattre une cloison peut transformer un logement invendable en logement désirable, ou au contraire supprimer la chambre qui permettait d’y loger une famille.
Il n’est donc ni possible ni souhaitable de dresser une liste de « travaux de reconfiguration éligibles ». Ce qui est éligible, en revanche, c’est le besoin d’être accompagné pour concevoir le bon projet. Avant de demander une subvention ou de solliciter un devis, il faut avoir une idée de projet ; et pour avoir une idée de projet, il faut être accompagné.
La reconfiguration est l’un des objets principaux des opérations BUNTI. Développée et expérimentée depuis 2018 par Villes Vivantes, en open source, en complément naturel du BIMBY, la démarche BUNTI (« tisser » en hindi, mais aussi « Build Up, Not Tear It down ») désigne toute action, opération ou recherche ayant pour objectif l’adaptation profonde du bâti ancien à la demande contemporaine d’habitat. Là où le BIMBY consiste à créer un bâtiment nouveau et autonome sur une parcelle déjà bâtie, le BUNTI transforme le bâtiment existant lui-même : reconfiguration intérieure, extension, surélévation, division, changement d’usage, rénovation.
Concrètement, la collectivité finance un service de co-conception à la demande, ouvert à tous les propriétaires et futurs propriétaires de son territoire. Un accompagnateur de haut niveau rencontre le porteur de projet, explore avec lui le potentiel de son bien et modélise plusieurs scénarios viables d’évolution, sans engagement ni formalité administrative. Le porteur de projet reste libre de concrétiser l’un de ces scénarios, en mobilisant les aides existantes et les professionnels locaux, et peut être accompagné jusqu’à la réalisation.
Cet accompagnement couvre toutes les dimensions d’un projet de reconfiguration :
L’ingénierie BUNTI est particulièrement utile en amont de la décision d’achat : un investisseur ou un accédant peut y comparer différentes options architecturales, économiques et programmatiques de valorisation d’un bien, à un moment où il n’est ni en situation de demander une subvention, ni en mesure de confier une mission à un professionnel.
L’exemple de Morlaix Communauté l’illustre. Une étude pré-opérationnelle a permis d’y construire de concert une OPAH-RU en cœur de ville, une OPAH communautaire et une expérimentation BIMBY BUNTI animée par Villes Vivantes, aux côtés de l’agence locale de l’énergie et du climat. La nature différente de leur communication amène vers chaque dispositif des publics différents. Des investisseurs viennent concevoir avec Villes Vivantes la reconfiguration d’un petit immeuble pour y faire entrer la lumière et créer terrasses et jardins, et une partie d’entre eux, une fois la confiance établie, s’engagent dans le conventionnement et concourent aux résultats de l’OPAH. À l’inverse, des ménages venus pour une rénovation énergétique ou une adaptation sont orientés vers BIMBY BUNTI lorsque c’est la maison, voire la parcelle, qu’il faut recomposer. Un module de prise de rendez-vous partagé permet à chaque acteur d’inscrire directement un ménage, sans qu’il ait à tout réexpliquer. Résultat : 600 projets de logements en dix-huit mois, dont près de 40 aboutis dans la même période.
Sur l’ensemble des opérations conduites par Villes Vivantes, chaque euro investi par la collectivité dans l’ingénierie d’accompagnement se traduit par dix euros, et souvent davantage, investis par les propriétaires dans la transformation de leur bien. La collectivité ne finance pas (ou pas seulement) les travaux : elle finance l’intelligence qui permet de les déclencher. Et parce que les projets BUNTI sont portés par des particuliers, dans une filière courte, ils fonctionnent aussi dans les marchés détendus, là où la promotion immobilière ne peut plus intervenir.
La rénovation énergétique, l’adaptation et la lutte contre l’habitat indigne restent des piliers de l’action publique sur le bâti ancien. Mais elles ne suffiront pas, à elles seules, à remettre sur le marché les logements vacants des cœurs de ville et de bourg, ni à adapter le parc existant à des ménages plus petits, plus âgés, et à des aspirations qui ont changé. Pour cela, il faut accepter que la forme même des logements puisse évoluer, projet par projet, au rythme des étapes de vie de leurs occupants.
C’est l’objet des opérations BUNTI : offrir aux propriétaires une ingénierie de conception sur mesure, articulée avec les dispositifs existants, pour que chaque bâtiment ancien puisse révéler son potentiel. Reconfigurer plutôt que démolir, transformer plutôt qu’étaler : c’est aussi l’une des réponses les plus sobres et les plus efficaces à l’objectif de Zéro Artificialisation Nette.