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Accueil des étudiants

Chaque rentrée rappelle la difficulté des étudiants et des jeunes en formation à se loger. Si les grandes villes universitaires doivent produire massivement des hébergements dédiés, la plupart des territoires sont confrontés à une autre question : comment permettre à une partie du parc existant d'accueillir les jeunes dans de bonnes conditions, sans faire porter aux collectivités le risque d'équipements qu'elles n'auraient pas les moyens de remplir ni de gérer ? Villes Vivantes aborde ce sujet en partant des parcours résidentiels réels des jeunes, territoire par territoire.

Une crise du logement étudiant qui ne se pose pas partout dans les mêmes termes

L'actualité met régulièrement en lumière la situation difficile des étudiants face au logement. Des jeunes contraints de dormir plusieurs semaines dans leur voiture ou dans des halls d'immeubles avant de trouver un toit, d'autres qui renoncent à s'installer près de leur lieu d'études et passent plusieurs heures par jour dans les transports, des petites annonces qui reçoivent des centaines de sollicitations en quelques jours : les témoignages se multiplient. Le constat de fond est connu : les petits logements locatifs à la fois abordables et de qualité manquent, et les jeunes, dont les revenus sont faibles et les garanties limitées, sont les premiers à en pâtir.

Les ordres de grandeur sont parlants. Pour près de trois millions d'étudiants, le parc social dédié ne compte qu'environ 240 000 places, dont 175 000 gérées par les Crous. À l'été 2026, 155 000 étudiants avaient réservé un logement Crous pour la rentrée, alors que les demandes progressaient encore de 5 % sur un an. Dans le parc privé des grandes villes universitaires, un studio d'environ 25 m² se loue autour de 670 € par mois, et le taux d'effort des étudiants dépasse fréquemment 50 % de leur budget, aides comprises. La tension, longtemps concentrée sur Paris et quelques métropoles, gagne désormais des villes jusqu'ici réputées accessibles.

Pour autant, la question ne se pose pas dans les mêmes termes partout.

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Opération BIMBY de Périgueux (24) création de deux logements pour des élèves infirmières en densification douce

Dans les grands pôles universitaires : un enjeu de production massive

Dans les territoires tendus qui concentrent une population étudiante importante, l'enjeu est d'abord quantitatif. La demande est massive, identifiable et durable : elle justifie la production d'hébergements spécialisés à grande échelle, résidences universitaires, résidences sociales ou logements intermédiaires dédiés. C'est le sens du plan gouvernemental de septembre 2025, qui fixe un objectif de 45 000 logements étudiants d'ici 2027 (30 000 logements sociaux et 15 000 logements intermédiaires), décliné région par région.

Ailleurs : mobiliser le parc existant sans exposer la collectivité

Dans la grande majorité des territoires, villes moyennes, petites villes et espaces ruraux, la population de jeunes en formation est plus réduite et plus diffuse : quelques lycéens en internat, des apprentis et des alternants, des stagiaires, quelques étudiants de BTS ou d'IFSI, auxquels s'ajoutent de jeunes actifs en mobilité. La question n'est plus de construire une résidence, mais de savoir dans quelle mesure une partie du parc existant peut répondre à leurs besoins. Et de le faire sans engager la collectivité dans la prise de risque associée à la création d'un hébergement spécialisé, puis à sa gestion et à son remplissage dans la durée.

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Département de la Meuse - étude action sur les communes de Void-Vacon et Commercy - faire émerger des solutions adaptées aux jeunes en valorisant les ressources foncières et en impliquant les habitants du territoire

Au-delà des étudiants : la transition entre vie en famille, hébergement et logement autonome

Les étudiants ne sont qu'une partie des jeunes qui cherchent à se loger. Élèves, étudiants, apprentis, stagiaires, jeunes en insertion, jeunes actifs : tous traversent une même étape, celle du passage de la vie chez les parents à un logement autonome, parfois en passant par une forme d'hébergement temporaire. C'est cette transition, plus que le statut d'étudiant, qui constitue le véritable objet de réflexion.

Villes Vivantes parle à ce propos de primo-installés : non pas des primo-accédants, mais des jeunes qui occupent leur premier logement en quittant le domicile familial. Or la forme que prend ce premier logement varie fortement selon les territoires. Dans une métropole, le parcours type commence souvent par un meublé, se poursuit par une location et aboutit à l'achat. Dans un territoire rural, le jeune reste fréquemment chez ses parents et ne déménage qu'au moment d'accéder à la propriété. Dans l'étude conduite en Meuse, sur les communes de Commercy et Void-Vacon, 94 % des 15-20 ans, 55 % des 20-25 ans et encore 20 % des 25-30 ans vivaient chez leurs parents ; parmi les élèves et étudiants présents sur le territoire, la proportion atteignait 97 %.

Programmer un équipement ou programmer des interventions : deux exercices différents

Programmer un équipement dédié, qu'il s'agisse d'un foyer de jeunes travailleurs, d'une résidence étudiante ou d'une résidence pour jeunes actifs, consiste à dimensionner une capacité, à trouver un opérateur prêt à porter l'investissement et à garantir un taux de remplissage suffisant pendant toute la durée d'amortissement. L'exercice suppose une demande stable, suffisamment nombreuse et clairement identifiée.

Les échanges avec les acteurs du secteur montrent par ailleurs que les structures de type FJT, et même les résidences portées par Action Logement, peinent à accueillir d'autres publics que les jeunes les plus précaires. La raison est simple : un jeune qui n'est pas en difficulté ne pense pas spontanément à chercher un logement dans une structure. Ces équipements répondent en réalité à un besoin spécifique, celui de jeunes qui ont besoin à la fois d'un logement et d'un accompagnement social : jeunes sortant de l'Aide sociale à l'enfance, jeunes suivis dans des dispositifs d'insertion souvent portés par les départements. Ils sont beaucoup moins identifiés par les jeunes en insertion qui sont fragiles financièrement sans avoir besoin d'un accompagnement au quotidien, et qui ne souhaitent pas être logés aux côtés de publics très précaires.

Programmer les interventions de la collectivité en faveur de l'accueil des jeunes relève d'une autre logique. Il s'agit de stimuler la capacité d'accueil du parc ordinaire, en agissant sur la masse des logements plutôt que sur un équipement : remettre sur le marché des petits logements de qualité, accompagner les propriétaires bailleurs, sécuriser la relation locative grâce à la garantie Visale ou à l'intermédiation locative. Entre le logement assorti d'un accompagnement social et le logement 100 % privé, une offre intermédiaire peut d'ailleurs se construire : les FJT ou Action Logement peuvent assurer une gestion locative non sociale dans le parc privé, ou apporter une aide ponctuelle, par exemple au déménagement, à des jeunes qui cherchent avant tout un logement ordinaire.

Les spécificités de l'approche de Villes Vivantes

Reconstituer les parcours résidentiels des jeunes, profil par profil

Villes Vivantes exploite les fichiers détail de l'INSEE sur les migrations résidentielles, qui permettent de suivre finement les mouvements de population par âge et par situation (actifs, chômeurs, élèves et étudiants, inactifs). Il devient alors possible de dire combien de jeunes partent, vers où, combien arrivent et d'où ils viennent, et dans quel type de logement vivent ceux qui sont déjà présents comme ceux qui s'installent.

Ce traitement permet d'identifier si un territoire est en déficit ou en gain d'étudiants, et de distinguer ce qui relève d'un mouvement inévitable de ce sur quoi la collectivité peut agir. Dans les espaces ruraux, le déficit est structurel ; dans les villes intermédiaires, la situation est plus nuancée. En Meuse, l'analyse a montré que le territoire perdait chaque année une cinquantaine d'élèves et d'étudiants ne vivant plus chez leurs parents, mais gagnait des actifs. Les échanges avec Nancy, qui capte les jeunes du département faute d'offre universitaire locale, expliquent l'essentiel du déficit : sur ce flux lié aux études, les marges de manœuvre sont faibles, et il serait vain d'en faire l'objectif d'une politique locale.

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Arrivées et départs des 15-30 ans entre la CC Commercy-Void-Vaucouleurs et les principaux territoires d'échange (source : INSEE, fichier détail MIGCOM)

Segmenter les besoins selon la sociologie des jeunes du territoire

Plutôt qu'une catégorie unique de « jeunes », l'analyse distingue des profils aux besoins très différents, et en mesure le poids respectif dans chaque territoire :

  • les jeunes en insertion, chômeurs ou précaires, qui relèvent de l'intermédiation locative, du logement social ou des structures de type FJT ;
  • les jeunes ultra-mobiles, étudiants, saisonniers, stagiaires, alternants ou travailleurs itinérants, qui recherchent des baux courts, des studios ou T1 meublés, des colocations, éventuellement intergénérationnelles, de préférence en centre-ville ;
  • les primo-installés, qui décohabitent, accèdent à un premier emploi ou se mettent en couple, et recherchent un T2 ou un T3 en location nue, de qualité, bien placé et permettant de stationner ;
  • les primo-accédants, en emploi stable et en couple, qui visent un T3, un T4 ou une petite maison abordable.

En Meuse, cette segmentation a montré que le besoin des étudiants et des jeunes ultra-mobiles était modéré, tandis que celui des primo-installés était très élevé : environ 615 jeunes actifs vivaient chez leurs parents et étaient susceptibles de chercher à décohabiter.

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Synthèse des besoins par profil des 15-30 ans (étude-action Commercy / Void-Vacon)

Le réalisme du risque immobilier

La quantification du besoin a une conséquence directe : elle disqualifie certains modèles. Lorsque l'enjeu est d'accueillir une vingtaine de jeunes actifs par an, créer une structure de type FJT de vingt places reviendrait à engager un investissement hasardeux, dont le remplissage ne serait jamais garanti. Certains modèles de production ne fonctionnent qu'au-delà d'un certain volume de demande.

Les analyses statistiques sont donc confrontées au point de vue des acteurs qui portent le risque : bailleurs, gestionnaires de FJT, URHAJ, CAF, ADIL, représentants des propriétaires, opérateurs de l'amélioration de l'habitat. En Meuse, ces entretiens ont fait émerger une perception partagée : un besoin modéré mais une offre quasi inexistante de petits logements locatifs de qualité, un parc privé cher au regard de sa qualité, et la nécessité d'une ingénierie qui sécurise les projets, au-delà des seules aides financières. Les acteurs y ont exprimé l'objectif de créer une offre nouvelle « dans la dentelle », logement par logement, plutôt que par de grosses opérations standardisées.

Séparer deux marchés locatifs

Dans les territoires détendus, l'offre locative privée tend à se paupériser : les ménages qui en ont les moyens accèdent rapidement à la propriété, et le parc locatif loge une population de plus en plus fragile. Les jeunes qui décohabitent ne trouvent alors qu'une offre dégradée, qui fonctionne comme un parc social de fait. À Commercy, 37 % des jeunes locataires du parc privé perçoivent une allocation logement, et les loyers des logements loués depuis 2023 à des allocataires ont rejoint ceux de l'offre générale : sur les logements de moins de 70 m², l'offre « tout venant » s'est fait rattraper par l'entrée de gamme.

L'enjeu est alors de créer une offre locative privée de qualité, clairement différenciée du parc dégradé. Dans d'autres territoires, l'offre de qualité existe, mais elle est très chère ; les deux situations coexistent souvent, comme à Saint-Martin, où le locatif est soit très coûteux, soit de mauvaise qualité. Dans les deux cas, la réponse passe par le développement de filières alternatives. La démarche BUNTI, qui accompagne les propriétaires dans la reconfiguration de leur bâti existant, est particulièrement adaptée pour produire cette offre intermédiaire de qualité. Le conventionnement Anah Loc'Avantages intervient plutôt sur le bas de l'offre, avec des loyers plafonnés ; en Meuse, il n'a concerné que 27 logements sur l'ensemble de l'intercommunalité entre 2021 et 2026.

Partir des gisements et des propriétaires

Enfin, Villes Vivantes aborde l'offre par les gisements : logements vacants de longue durée, maisons sous-occupées, dépendances transformables, parcelles divisibles. Ces gisements sont quantifiés et cartographiés, puis confrontés à la réalité du terrain par une enquête auprès des propriétaires et des entretiens de modélisation immobilière et architecturale, souvent à domicile. Chaque projet potentiel fait l'objet d'une fiche qui précise les travaux, le budget, le calendrier et les procédures. L'objectif n'est pas de viser une quantité théorique, mais de vérifier, projet par projet, qu'une offre peut effectivement sortir.

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Département de la Meuse - étude action sur les communes de Void-Vacon et Commercy - faire émerger des solutions adaptées aux jeunes en valorisant les ressources foncières et en impliquant les habitants du territoire

Les idées reçues à l'épreuve des spécificités de chaque territoire

Le logement des jeunes est un sujet sur lequel circulent de nombreuses certitudes, souvent transposées des grandes villes universitaires. L'analyse fine des territoires conduit régulièrement à les nuancer, voire à les contredire.

« Il nous faut une résidence ou un foyer pour les jeunes »

C'est souvent la première réponse envisagée par les élus. Elle est pertinente lorsque le besoin est important et concerne des jeunes qui ont besoin d'un accompagnement. Mais lorsque la demande se compte en quelques dizaines de jeunes par an, aux profils variés, un équipement dédié risque d'être difficile à remplir et coûteux à gérer. La réponse la plus robuste consiste alors à améliorer la capacité d'accueil du parc ordinaire, quitte à mobiliser les structures existantes comme gestionnaires de logements diffus.

« Les jeunes ont besoin de meublés »

En Meuse, beaucoup d'acteurs partageaient cette conviction. L'analyse a montré une réalité plus contrastée : les meublés y sont quasi inexistants (moins d'une centaine de logements), mais le besoin correspondant est modéré. Il concerne surtout des travailleurs itinérants, comme un soudeur qui enchaîne des missions de trois mois d'une usine à l'autre. Le besoin le plus important est celui des jeunes qui décohabitent et cherchent un logement nu de qualité, pour s'installer durablement. À Saint-Martin, dans les Antilles, la situation est inverse : les meublés abondent, mais c'est le locatif nu qui manque aux jeunes qui veulent construire leur vie hors de chez leurs parents.

« Il manque des petits logements »

Le constat est juste, mais incomplet. En Meuse, le parc social ne compte que 7 % de logements de moins de 45 m², et le parc privé 12 %. Pourtant, la vacance de longue durée y atteint 48 % pour les logements de moins de 15 m² et 35 % pour ceux de 15 à 30 m², et plus de 70 % des logements de moins de 15 m² sont classés en catégories cadastrales 7 et 8, signe d'un état potentiellement indigne. Ce qui manque n'est donc pas tant le nombre de petits logements que des petits logements de qualité. La réponse passe par la requalification et la reconfiguration du parc existant, plus que par la construction.

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Taux de vacance d'au moins deux ans dans le parc privé selon la taille des logements, Commercy et Void-Vacon (source : fichiers fonciers retraités du Cerema, 2025)

« Le parc privé est l'offre abordable pour les jeunes »

Dans les territoires détendus, le parc privé est souvent présenté comme accessible. En réalité, faute d'offre suffisante, ses loyers peuvent rejoindre ceux des grandes villes pour une qualité médiocre. Les acteurs rencontrés en Meuse parlaient ainsi d'un parc privé « cher pour sa qualité », qui joue le rôle de parc social de fait. Un loyer modéré ne suffit pas : encore faut-il que le logement soit décent, bien situé, et qu'il n'expose pas les jeunes à une offre dégradée.

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Opération BIMBY BUNTI du SCoT des Vosges centrales (88) création d’un petit logement adapté à un jeune locataire avec conventionnement. Avant travaux.
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Opération BIMBY BUNTI du SCoT des Vosges centrales (88) création d’un petit logement adapté à un jeune locataire avec conventionnement. Après travaux.

« Il faut retenir nos étudiants »

Dans un territoire sans établissement d'enseignement supérieur, le départ des jeunes pour leurs études est un mouvement normal, qu'aucune politique du logement ne peut inverser. L'enjeu se situe ailleurs : faciliter l'accueil des apprentis, alternants et stagiaires pendant leur formation, et surtout le retour ou l'arrivée des jeunes actifs une fois leurs études terminées. La Meuse en donne l'illustration : le territoire n'attire pas davantage de jeunes qu'auparavant, mais il retient mieux ceux qui y sont, et gagne des jeunes actifs.

« Le logement des jeunes, c'est le logement locatif »

Dans les territoires ruraux et les petites villes, de nombreux jeunes actifs passent directement du domicile parental à la propriété. En Meuse, 42 % des jeunes actifs du territoire vivaient chez leurs parents, souvent dans l'attente d'une opportunité d'accession, sans passer par la case locative. Pour ces jeunes, la politique du logement des jeunes passe aussi par l'accession abordable : petits terrains à prix modéré, maisons anciennes à rénover, dont les prix restent nettement inférieurs au coût de la construction neuve.

Il n'existe pas de parcours résidentiel type des jeunes, mais des parcours propres à chaque territoire. C'est à partir d'eux que se construisent des réponses justes et soutenables.