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Vincennes

À Vincennes, ville dense de l'Est parisien à la population vieillissante, l'étude préalable révèle un parc privé marqué par une forte rotation, des passoires thermiques nombreuses et une vacance concentrée dans les petites copropriétés.

Cette étude préalable, conduite dans le cadre du dispositif Paris Est Marne & Bois en lien avec la Ville de Vincennes, vise à documenter l'état du parc privé de logements de la commune pour préparer une intervention publique ciblée. Elle croise données démographiques, fiscales (MAJIC), énergétiques (DPE) et sociales (INSEE, PPPI) afin de qualifier les mécanismes de fragilisation du parc et d'identifier les secteurs et profils prioritaires.

Une population qui vieillit dans un marché locatif et de propriété très mobile

Entre 2008 et 2018, la structure par âge de la population vincennoise évolue nettement : les tranches des plus de 60 ans progressent fortement (+22 % pour les 60-74 ans, +8 % pour les 45-59 ans), tandis que les 30-44 ans reculent. Ce vieillissement s'accompagne paradoxalement d'un marché immobilier très dynamique : les logements changent de propriétaire à un rythme de 8 % par an à Vincennes, contre 5 % en moyenne en France, et 8 % des ménages emménagent chaque année dans un nouveau logement, contre 4 % en moyenne nationale. Cette forte rotation dans un parc ancien traduit un marché tendu où l'occupation évolue rapidement, ce qui complique le suivi et l'accompagnement des ménages en place, notamment les plus âgés.

Évolution de la population par tranche d'âge entre 2008 et 2018
Évolution de la population par tranche d'âge entre 2008 et 2018 © Villes Vivantes
Taux de rotation des logements et des ménages, comparé à la moyenne nationale
Taux de rotation des logements et des ménages, comparé à la moyenne nationale © Villes Vivantes

Vacance et copropriétés : des logements qui échappent temporairement au marché

La vacance instantanée reste élevée à Vincennes, avec 10 % des logements vacants au 1er janvier, dont 1,5 % depuis plus de 2 ans et 0,6 % depuis plus de 5 ans. Cette vacance touche prioritairement les petites copropriétés : les immeubles de 2 à 20 logements, qui ne représentent qu'une part minoritaire du stock total, sont surreprésentés parmi les logements vacants depuis au moins deux ans, à hauteur de 56 % des copropriétés concernées contre 80 % dans le stock global. Le statut d'occupation du parc se répartit entre 43 % de propriétaires occupants, 35 % de locatif privé, 10 % de logements sociaux et 10 % de logements vacants, une structure qui éclaire la diversité des leviers d'action à mobiliser selon les profils de propriétaires.

Localisation des logements vacants selon la durée d'inoccupation
Localisation des logements vacants selon la durée d'inoccupation © Villes Vivantes
Répartition des logements par statut d'occupation dans la commune
Répartition des logements par statut d'occupation dans la commune © Villes Vivantes
Typologie des immeubles concernés par la vacance de longue durée
Typologie des immeubles concernés par la vacance de longue durée © Villes Vivantes

Un parc énergivore concentré dans certains secteurs

Le diagnostic de performance énergétique révèle qu'un quart des logements ayant fait l'objet d'un DPE depuis sept ans, soit 1 014 logements, sont classés en catégories F ou G, qualifiées de « passoires thermiques ». Cette proportion, estimée à 29 % (7 000 logements) à l'échelle de la commune, place Vincennes dans une position intermédiaire par rapport aux territoires voisins : plus élevée que la moyenne du Val-de-Marne et de la Seine-Saint-Denis (21 %), mais inférieure à Paris (33 %) et proche de la moyenne francilienne (24 %). Cette problématique énergétique constitue un enjeu de rénovation majeur pour une partie significative du parc privé.

Répartition des logements par classe de consommation énergétique DPE
Répartition des logements par classe de consommation énergétique DPE © Villes Vivantes
Comparaison de la part des passoires thermiques avec les communes voisines
Comparaison de la part des passoires thermiques avec les communes voisines © Villes Vivantes

Pauvreté et indignité : des situations diffuses mais réelles

Si Vincennes affiche l'un des taux de pauvreté les plus bas de l'Est parisien dans le locatif privé (13 %), 9 % des ménages, soit 2 126 foyers, vivent néanmoins sous le seuil de pauvreté, avec des concentrations variables selon les secteurs. Les logements potentiellement indignes, bien que peu nombreux à l'échelle de la commune (390 logements identifiés), se concentrent dans certaines sections cadastrales et touchent majoritairement le locatif privé (57 %) plutôt que le parc social (13 %) ou les propriétaires occupants (30 %). Par ailleurs, la commune se distingue par un profil où les locataires du parc privé et du parc social présentent des caractéristiques sociales proches, ce qui limite le risque de report de la pauvreté sur un segment particulier du parc, mais les situations où pauvreté et locatif privé se superposent restent géographiquement diffuses plutôt que concentrées dans quelques secteurs identifiables.

Part des ménages sous le seuil de pauvreté par carreau de 200 m
Part des ménages sous le seuil de pauvreté par carreau de 200 m © Villes Vivantes
Concentration des logements potentiellement indignes par section cadastrale
Concentration des logements potentiellement indignes par section cadastrale © Villes Vivantes
Comparaison du taux de pauvreté des locataires du parc privé avec les communes voisines
Comparaison du taux de pauvreté des locataires du parc privé avec les communes voisines © Villes Vivantes
Écart de profil social entre parc locatif privé et parc social
Écart de profil social entre parc locatif privé et parc social © Villes Vivantes
Superposition de la pauvreté et de la prévalence du locatif privé par secteur
Superposition de la pauvreté et de la prévalence du locatif privé par secteur © Villes Vivantes
Répartition des logements présumés médiocres ou très médiocres par statut d'occupation
Répartition des logements présumés médiocres ou très médiocres par statut d'occupation © Villes Vivantes

Un enjeu d'adaptation au vieillissement limité mais concentré chez les propriétaires occupants

Environ 7 500 habitants de Vincennes ont plus de 65 ans, soit 15 % de la population, une proportion à mettre en perspective avec la carte élargie de l'Est parisien où plusieurs communes voisines affichent des taux comparables ou supérieurs. Parmi ces habitants âgés, 4 200 sont propriétaires occupants, une population pour laquelle les dispositifs d'adaptation du logement sont jugés peu efficaces lorsqu'il s'agit de bailleurs, ce qui concentre l'enjeu de l'adaptation sur ce segment spécifique du parc.

Découpage de la commune en 29 cadres de vie pour l'analyse territoriale
Découpage de la commune en 29 cadres de vie pour l'analyse territoriale © Villes Vivantes
Part de la population de plus de 65 ans à l'échelle de l'Est parisien
Part de la population de plus de 65 ans à l'échelle de l'Est parisien © Villes Vivantes
Localisation des propriétaires occupants de plus de 65 ans à Vincennes
Localisation des propriétaires occupants de plus de 65 ans à Vincennes © Villes Vivantes

Le conventionnement locatif face à des loyers de marché élevés

Le niveau des loyers de marché à Vincennes (1 200 €/m² pour 40 m², 1 800 €/m² pour 70 m²) rend le conventionnement Anah particulièrement coûteux pour les propriétaires bailleurs. Sur six ans, la perte locative associée à un conventionnement de type Loc3 peut atteindre 36 940 € pour un petit logement et 58 464 € pour un logement de 70 m², des montants qui dépassent les plafonds de subvention maximale de l'Anah (15 000 € pour les dégradés énergie, 28 000 € pour les très dégradés travaux lourds). Ce déséquilibre implique un besoin d'abondements complémentaires importants pour rendre le conventionnement attractif dans un marché aussi tendu.

Comparaison des pertes locatives liées au conventionnement selon la surface du logement
Comparaison des pertes locatives liées au conventionnement selon la surface du logement © Villes Vivantes