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Comprendre et mesurer les émissions pour agir efficacement : Villes Vivantes et l’OFCE accompagnent les collectivités dans la construction de bilans carbone territoriaux sur mesure, adaptés à leurs enjeux spécifiques et à leur niveau de gouvernance.
Le bilan carbone territorial est un outil de diagnostic qui vise à quantifier l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre (GES) produites sur un périmètre géographique donné — commune, intercommunalité, syndicat de SCoT — au cours d'une année de référence. Il recense les émissions par grands secteurs : mobilité, habitat, activités économiques, agriculture, gestion des déchets, énergie. Ce tableau de bord permet aux élus et techniciens de disposer d'une image consolidée des sources d'émissions sur leur territoire.
En pratique, les collectivités qui s'engagent dans cette démarche poursuivent généralement plusieurs objectifs complémentaires :

Les méthodes standard de bilan carbone territorial présentent un intérêt indéniable pour produire un état des lieux sectoriel. Cependant, leur approche cloisonnée peut constituer un obstacle à l'identification des leviers d'action les plus efficaces.
En raisonnant secteur par secteur — bâtiment d'un côté, mobilité de l'autre —, elles tendent à figer la géographie du bâti comme une donnée et à traiter séparément des réalités profondément interdépendantes. Or la localisation d'un logement sur un territoire détermine directement les comportements de mobilité de ses occupants, et donc une part très significative de leurs émissions de GES. Négliger ce lien revient à manquer l'un des leviers les plus puissants dont disposent les collectivités : la maîtrise de la localisation de la production de logements.
Les travaux conduits par Villes Vivantes et l'OFCE sur le territoire du SCoT La Rochelle Aunis ont mis en évidence l'ampleur de ce phénomène. En modélisant finement les comportements de déplacement des habitants selon leur lieu de résidence — au carreau 200 m × 200 m, tous motifs confondus — les chercheurs ont pu calculer que les émissions dues aux mobilités quotidiennes varient dans un rapport de 1 à plus de 4 entre le cœur de La Rochelle et les communes les plus périphériques du SCoT.
Un habitant de La Rochelle parcourt en moyenne 5 600 km en voiture par an ; un résident d'une commune périphérique du SCoT hors CDALR en parcourt plus de 18 700. À l'échelle d'un ménage de quatre personnes, les émissions liées aux mobilités quotidiennes représentent entre 59 % et 86 % du bilan carbone global de leur logement, selon leur localisation.

Cette réalité amène à reconsidérer des arbitrages qui paraissent évidents au premier abord. Sur le cycle de vie d'un logement de 100 m², les émissions dues à la mobilité induite par sa localisation se révèlent, selon les cas, 1,4 à 6,1 fois supérieures aux émissions cumulées de construction, de maintenance et d'exploitation. Dès lors, construire un logement neuf au cœur de La Rochelle peut s'avérer plus vertueux en tCO2 qu'une rénovation performante d'un logement existant en zone périphérique — et ce dès la cinquième année pour une comparaison La Rochelle / Yves, dès la troisième pour La Rochelle / Genouillé.

Les travaux menés par Villes Vivantes et l’OFCE sur la métropole Aix-Marseille-Provence (AMP) apportent un éclairage complémentaire sur les inégalités liées à la géographie des émissions. L'analyse montre que les habitants des secteurs les plus denses génèrent les émissions les plus faibles pour leurs déplacements professionnels, mais sont aussi les plus exposés à la pollution atmosphérique. Cette double inégalité — moins émettre et davantage subir — constitue un enjeu de justice climatique et sanitaire que les politiques d'aménagement doivent intégrer explicitement.

L'étude menée sur AMP révèle par ailleurs que les logements neufs produits sur la période 2014-2022 sont, en moyenne, associés à des émissions de mobilité supérieures de 16 % à celles du parc existant : le neuf se construit davantage en périphérie que dans les zones denses, à rebours des objectifs climatiques. Ce résultat illustre la nécessité de disposer d'un outil de diagnostic qui permette d'évaluer, en temps réel, si la production de logements contribue à l'atteinte des objectifs de décarbonation.

La singularité de la démarche développée par Villes Vivantes tient d'abord à son refus du cloisonnement sectoriel. Là où la plupart des bilans carbone territoriaux traitent le bâtiment et la mobilité comme deux postes indépendants, l'approche de Villes Vivantes les relie dans un modèle intégré qui reconstitue les interdépendances fonctionnelles du territoire.
Le modèle territorial construit par Villes Vivantes et l'OFCE articule trois systèmes : le système habitat (stock de logements, production neuve, densités, rénovation), le système de mobilités (déplacements domicile-travail et autres motifs, modes, distances, émissions) et les lieux d'activités et d'emplois. Cette architecture permet de simuler l'impact de décisions d'aménagement sur les émissions de GES à différentes échelles spatiales et temporelles.
Les émissions sont calculées au carreau 200 m × 200 m, ce qui permet d'identifier des contrastes fins au sein d'un même territoire et de dépasser les moyennes communales souvent trompeuses. Sur le SCoT La Rochelle Aunis, ce travail a mobilisé 5 446 carreaux de résidence, 16 794 carreaux d'emplois et 148 156 emplois localisés, pour modéliser au total 92 millions de déplacements possibles entre lieux de résidence et destinations.
Cette résolution spatiale fine est indispensable pour identifier les gisements de réduction les plus importants, et pour tester des scénarios d'aménagement à une échelle opérationnelle.

L'une des contributions majeures de cette démarche est de permettre la comparaison chiffrée de scénarios contrastés, évalués sur les mêmes indicateurs. Pour La Rochelle Aunis, quatre scénarios de localisation de la production de logements ont été modélisés — du scénario de développement rural au scénario de recentrage soutenu — et leurs effets sur les émissions de CO2 par habitant ont été précisément quantifiés. Le levier de localisation de l'habitat représente, selon les scénarios, entre 12 % et 28 % de l'objectif de réduction 2030 fixé par La Rochelle Zéro Carbone.
Ces résultats permettent aux décideurs de mesurer le poids réel de leurs choix d'urbanisme dans l'atteinte de leurs objectifs climatiques, et de les comparer à d'autres leviers : rénovation du parc existant (20 % de l'objectif 2030), localisation des emplois (jusqu'à 1,6 % de l'objectif pour 10 % des emplois du SCoT relocalisés), optimisation des mobilités.
Les bilans carbone territoriaux de Villes Vivantes sont conduits en partenariat étroit avec l'OFCE (Sciences Po Paris), ce qui garantit la rigueur des méthodes mobilisées et leur ancrage dans les avancées les plus récentes de la recherche. L'introduction d'un modèle « radiatif » de localisation des emplois — alternative au modèle gravitaire classique — illustre la capacité d'innovation méthodologique portée par cette collaboration.
Ce positionnement à l'interface de la recherche et de l'opérationnel permet à Villes Vivantes de produire des analyses robustes, publiées et documentées, tout en les articulant avec les enjeux concrets des planificateurs et des élus.
Enfin, les travaux de Villes Vivantes accordent une attention particulière à la restitution des résultats sous une forme accessible et pédagogique. Les cartes d'émissions au carreau, les tableaux de comparaison par type de ménage et les graphiques de scénarios constituent autant de supports permettant de partager les enjeux avec une grande variété d'interlocuteurs : techniciens, élus, partenaires institutionnels, mais aussi citoyens et acteurs associatifs.
Sur la métropole Aix-Marseille-Provence, cette dimension partenariale a pris une forme particulièrement aboutie : une communauté apprenante associant conseil de développement, enquêtes citoyennes, chercheurs, agences d'urbanisme et instances nationales a permis de nourrir le travail de modélisation et d'en partager les résultats à différentes échelles de gouvernance.